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Démissionner de la Fonction Publique : Le Jour où j’ai Tourné la Page

Je m’appelle Leïla, j’ai 32 ans. Pendant douze ans, j’ai porté l’uniforme avec une fierté immense. J’ai grandi dans une famille où le service public était un sacerdoce. Mon père, policier, m’a transmis cet amour du service publique, cet engagement à aider ses concitoyens. Pour moi, les mots Liberté, Égalité, Fraternité n’étaient pas qu’une phrase gravée sur le fronton des mairies ou des écoles. C’était le socle de mon quotidien, le cœur de ma motivation. Aujourd’hui, je suis auto-entrepreneure, je travaille de chez moi, et je porte enfin mon hijab en paix. Mais pour en arriver là, j’ai dû prendre une décision lourde et douloureuse : démissionner de la fonction publique.

Un choix que je n’avais jamais envisagé, mais qui est devenu la seule issue pour préserver ma dignité et mes convictions. Ce témoignage est mon histoire, mais aussi un guide pour celles et ceux qui, peut-être, envisagent ce chemin complexe. Car démissionner de la fonction publique n’est pas un acte anodin. C’est un processus administratif rigoureux, avec des conséquences importantes sur votre avenir professionnel et vos droits.

L’Engagement et la Fissure : Quand l’Usure Remplace la Passion

Pendant douze ans, j’ai donné le meilleur de moi-même. J’aimais mon travail, l’esprit d’équipe avec les brigadiers, les majors, les lieutenants. Nous étions une famille, unis par un but commun : servir. Je n’ai jamais senti de différence due à mes origines… si ce n’est une, que je portais en moi tous les jours. Je suis musulmane et je porte le hijab. Mais pendant toutes ces années, je l’ai retiré avant de franchir les portes de mon service. J’espérais, naïvement peut-être, que les cœurs s’ouvriraient, que l’acceptation viendrait avec le temps et la preuve de mon engagement. Dans mon service, des collègues portaient des croix, d’autres parfois une kippa. Je me disais : « Pourquoi pas moi, un jour ? ».

Les années ont passé. L’ambiance a changé, subtilement d’abord, puis plus clairement. Les tensions sociétales et politique amplifiées par un certain discours médiatique, ont filtré dans les couloirs. Des remarques, des regards, un isolement progressif. Le bizutage, parfois, a laissé place à une froideur pesante. J’attendais un signe, une ouverture. Je me raccrochais à l’idée d’une France libre, plurielle, celle de mon père.

Mais la réalité était autre. La découverte du port de mon voile, a eu l’effet d’une bombe, certains collègues très proche l’ont très bien accepté et n’ont même pas été étonné. Mais pour la hiérarchie, la réponse fut claire et brutale : si je veux démissionner de la fonction publique, je dois a nouveau venir sans voile et jamais je ne serais reçue en entretien dans cet état là. On me l’a même dit : « Lorsque vous souhaitez démissionner de la fonction publique, vous êtes comme à votre poste et vous devez vous présenter sans signe religieux, même si pendant 12 ans vous avez fait ce sacrifice, on doit comprendre si vous êtes psychologiquement apte a démissionner ». Cette phrase a sonné des jours et des jours dans ma tête, j’étais pourtant déjà en dispo donc plus considérée fonctionnaire. Mon contrat de travail, bien plus qu’un CDI dans le privé, était un pacte de confiance avec la République. Je sentais que ce pacte était rompu de son côté.

C’est là que j’ai commencé à me renseigner sérieusement sur les modes de rupture et comment démissionner de la fonction publique. Je savais que je ne voulais pas d’un licenciement, encore moins pour une faute grave qui aurait entaché mon dossier, je ne voulais pas imposer mon voile ni faire de scandale. Je voulais partir dignement. On parle souvent dans le privé de rupture conventionnelle, un accord à l’amiable entre le salarié et l’employeur. J’ai cru que c’était une solution car celle-ci existe pour les fonctionnaires.

Je l’ai demandée, espérant une rupture amiable qui me permettrait de toucher le chômage et de bénéficier d’une indemnité de rupture. Mais on m’en a découragée, systématiquement. L’idée même de me voir avec mon voile dans l’administration semblait être un obstacle insurmontable, pourtant quand on m’a embauché je le portais déjà en privé, certains ont même osé dire qu’avant j’étais leur chouchou mais à cause du voile j’ai baissé dans leur estime, ce fût très difficile a entendre car je n’ai jamais changé. Mais la rupture conventionnelle dans la fonction publique suit un processus d’homologation strict, et je sentais bien que ma demande n’irait nulle part.

démissionner de la fonction publique femme policière

Le Choix Irrévocable : Comprendre ce que Signifie Vraiment Démissionner de la fonction publique

Face à ce mur, après des mois de souffrance psychologique j’ai choisi dans un premier temps de me mettre en dispo, puis après 3 ans, je n’avais plus qu’une option : démissionner de la fonction publique. Il faut comprendre une chose fondamentale : la démission est un acte unilatéral et volontaire. C’est l’initiative du salarié. Contrairement à un licenciement, qui est l’initiative de l’employeur et qui peut donner droit à des indemnités de licenciement et à l’assurance chômage, la démission est un départ volontaire.

Ses conséquences sont lourdes :

  • Pas de droit à l’allocation chômage automatique : En principe, quand vous démissionnez, vous n’avez pas droit aux allocations de Pôle Emploi. Il existe des exceptions (comme la création d’entreprise, le reclassement, ou suivre son conjoint dans le cadre d’un PACS ou mariage), mais elles sont très encadrées. Moi, je partais pour un motif personnel profond : préserver mon intégrité. Cela ne rentrait dans aucune case, j’avais pourtant signifiait que j’avais un motif professionnel, pourtant sur mon rapport il est noté « porteuse de voile islamique appelé hijab ».
  • Perte des avantages liés à l’ancienneté : Mes 12 ans d’ancienneté partaient en fumée. Pas d’indemnité de départ, pas de prime d’ancienneté à faire valoir, ni même mes 15 jours de congés qu’il me restait a me faire payé tout cela a été refusé, j’étais jetée comme une mal propre et comme si je n’avais jamais rien fait.
  • Un acte irrévocable : Une fois la démission acceptée, il est extrêmement difficile de se rétracter. La démission doit être claire et non équivoque. Il ne peut y avoir d’ambiguïté sur votre volonté claire de rompre votre contrat.

Pour moi, c’était un saut dans le vide. Je quittais la sécurité d’un statut, d’un CDI de la fonction publique, sans filet. Mais mon bien-être mental n’avait pas de prix. J’étais prête à assumer.

La Procédure à Suivre : Lettre, Préavis et Derniers Jours

Démissionner de la fonction publique suit un protocole très précis. On ne peut pas simplement abandonner son poste (ce qui serait considéré comme une faute grave pouvant mener à un licenciement), ni envoyer un mail informel.

Voici les étapes que j’ai dû suivre, et que vous devrez suivre si vous êtes dans cette situation :

  1. La Lettre de Démission : C’est l’élément central. Elle doit être recommandée avec accusé de réception (LRAR) adressée à votre supérieur hiérarchique ou au responsable des ressources humaines. Cette lettre doit indiquer sans ambiguïté votre volonté de démissionner de la fonction publique, la date souhaitée de votre départ, et votre poste. C’est un acte de la rupture officiel. Évitez les termes vagues. C’est une notification claire. J’ai conservé précieusement mon accusé de réception.
  2. Le Délai de Préavis : Dans la fonction publique, vous devez respecter un préavis. Sa durée du préavis varie selon votre statut (catégorie A, B, C) et votre convention collective. Pour moi, il était de 1 mois. Pendant cette période de préavis, vous continuez à travailler normalement et vous êtes rémunéré. Vous accumulez des congés payés. L’administration peut, dans certains cas, vous dispenser de préavis, mais ce n’est pas un droit. Elle peut aussi vous imposer de respecter un délai complet. Dans mon cas, ils ont appliqué le préavis à la lettre.
  3. L’Entretien et l’Acceptation : Votre administration va vous recevoir pour un entretien. C’est là que tout s’est cristallisé pour moi. On a refusé de me recevoir voilée. C’était la confirmation douloureuse que ma décision était la bonne. J’ai donc eu mon entretien par téléphone ou plutôt un procès verbal comme un interrogatoire, j’étais tellement triste… L’administration doit ensuite notifier son acceptation de votre démission. Cette acceptation est obligatoire, elle ne peut pas la refuser si la procédure est respectée.

Pendant le préavis, j’étais en dispo, le cœur lourd mais la conscience claire. Je savais que je n’aurais pas droit au chômage et que démissionner de la fonction publique était définitif. J’ai dû anticiper ma reconversion professionnelle très rapidement. Pour plus d’informations, vous pouvez vous renseigner sur le site officiel.

fonctionnaire de police

Les Dernières Formalités : Du Solde de Tout Compte au Certificat de Travail

À la fin du préavis, plusieurs documents cruciaux vous sont remis :

  • Le Solde de Tout Compte : C’est le document qui récapitule toutes les sommes qui vous sont dues jusqu’à votre dernier jour : salaire des jours travaillés, indemnité pour les congés payés non pris (c’est une indemnité compensatrice de congés), et toute autre prime due. Vérifiez-le scrupuleusement avant de le signer. Le signer ne vous empêche pas de contester des erreurs ultérieurement, mais c’est un acte important. Pour moi, c’est un document que je n’ai jamais eu, on m’a dit qu’il n’était pas obligatoire donc je n’ai rien eu sauf un arrêté.
  • Le Certificat de Travail : L’administration doit vous le remettre sans préavis, dès votre départ. Il atteste de votre période d’emploi et de votre poste. Il est essentiel pour justifier de votre parcours auprès d’un futur nouvel employeur ou de Pôle Emploi, un document que je n’ai pas eu non plus, je n’ai pas été respecté et aucun recours n’a pu être fait, personne ni même les syndicats ont voulu m’aider, c’était plutôt « bon débarras ! « .
  • L’Attestation Pôle Emploi : Même si vous n’avez pas initialement droit au chômage après une démission de la fonction publique, il faut tout de même vous inscrire pour valider vos périodes d’assurance. Cette attestation est nécessaire. Attestation que je n’ai pas eu non plus !

Dans mon cas, je n’ai reçu aucune indemnité compensatrice de préavis (celle-ci n’existe que dans certains cas de licenciement), ni indemnité de licenciement. Démissionner de la fonction publique était clairement un départ volontaire.

La Vie Après la Démission : Reconstruction et Regard sur 2026

Aujourd’hui, je suis auto-entrepreneure. Je gagne ma vie depuis chez moi, je m’occupe de mon foyer, et surtout, je vis en accord avec mes convictions. Personne ne me juge sur mon apparence. Mon talent et mon sérieux priment. Démissionner de la fonction publique à été une libération.

En cette fin d’année 2025, il est triste de devoir encore écrire ce témoignage. On parle sans cesse d’émancipation des femmes, mais combien sont encore rejetées, que ce soit dans le sport, le monde du travail ou ailleurs, pour un vêtement, une conviction ? On devrait pouvoir s’habiller comme on le souhaite et apporter la même valeur, la même motivation que les autres. J’aimais mon travail. J’aimais rendre service. L’État est le reflet de notre pays, et la France, sa force, c’est justement sa diversité.

Ma décision de démissionner de la fonction publique a été personnelle et mûrement réfléchie. Je ne regrette pas d’avoir rompu mon contrat, car cela m’a sauvée. Mais je veux insister : une démission ne doit pas être une fuite face à des situations de harcèlement moral ou des manquements de l’employeur. Dans de tels cas, il faut consulter un avocat, saisir les Prud’hommes pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ou harcèlement, car vous pourriez avoir droit à des dommages et intérêts. Ma situation était différente : un choc de valeurs profond.

Démissionner de la fonction publique est un parcours du combattant administratif et émotionnel. Pesez le pour et le contre. Renseignez-vous sur vos droits, consultez éventuellement un syndicat. Assurez vos arrières financièrement. Et surtout, écoutez-vous. Parfois, pour rester fidèle à soi-même, il faut avoir le courage de tourner la page, même sur ce qui a été une passion.

Démissionner de la fonction publique : Une Liberté Retrouvée, un Prix à Payer

Mon histoire avec le service publique est terminée. Démissionner de la fonction publique a été l’acte le plus difficile et le plus libérateur de ma vie professionnelle. J’ai payé le prix fort, la perte de la sécurité de l’emploi, l’incertitude financière, et une profonde désillusion sur l’application de nos valeurs républicaines.

Mais aujourd’hui, je respire. Je ne conseille à personne de démissionner sur un coup de tête. C’est une décision lourde de conséquences, un acte unilatéral qui engage tout votre avenir professionnel. Explorez toutes les autres voies en premier : le reclassement, la rupture conventionnelle si elle est possible, le dialogue.

Pour moi, cela n’a pas été possible. Alors j’ai choisi ma liberté. Je suis Leïla, ancienne fonctionnaire, désormais entrepreneure, et enfin entière. La France libre que je chéris, je la construis maintenant à mon échelle, dans le respect de moi-même et des autres. Et cela, aucune démission ne peut me l’enlever.

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