Par Béatrice de Reynal
C’est une question qui revient souvent en consultation, et un mystère sans
cesse évoqué par les médias : le sucre est-il une drogue ? Qu’est qu’il y
a dans le cola qui nous le rend si indispensable ?
Pour le physiologiste, la question “peut-on être accro au sucre ?” a une
réponse simple : oui. Et pour plusieurs raisons.
Commençons par la plus
“grande”, celle qui concerne le tube digestif... Puis celle qui implique tous
les tissus.
Le sucre – ou les sucres, si vous préférez – sont les substrats préférés du
corps, et le nourrisson nous le dit bien en étant attiré de façon innée par la
saveur sucrée – alors même que le lait maternel ne l’est pas beaucoup. Pourquoi
ce goût inné pour le sucre ? Tout simplement par ce que le sucre est un des
rares éléments nutritionnels à pouvoir passer dans le sang très vite, sans
effort digestif particulier, et à pouvoir atteindre toutes les cellules du
corps, du sol ou plafond. Je veux dire que le sucre convient parfaitement aux cellules
du cerveau, celles du cœur, des poumons et des pieds... Son utilisation par ces
différentes cellules ne coûte pas d’effort : c’est donc un carburant
économiquement intéressant.
En plus, une fois utilisé, le sucre se dégrade en gaz carbonique dont les
poumons vont se charger, et en eau, utilisée par le corps. Donc pas de toxine.
Ainsi, le sucre a toute la préférence physiologique : c’est la meilleure source
d’énergie, celle qui est la plus rentable, celle qui ne laisse pas de trace !
Par contre, certains sucres – le saccharose en particulier, c’est—dire ce sucre
que vous appelez “sucre”, s’il est consommé en quantité notable, aura besoin
d’insuline pour avoir un taux constant dans le sang et ne pas y être trop
abondant.
Les aliments sucrés sont nos préférés
Alors vous comprendrez
pourquoi, à l’évidence, les sucres sont les aliments préférés de façon innée.
Si vous habituez votre corps à consommer des sucres, il mettra en branle tout
son arsenal physiologique pour vous donner l’envie du sucre. Si, le matin, je
vous montre une table de petit-déjeuner garnie de bonnes choses sucrées mais
qu’au dernier moment, je vous empêche de vous y attabler, votre insuline, qui
aura été secrétée de façon réflexe (c’est le célèbre réflexe de Pavlov) vous
rendra fou ! Vous serez prêt à me sauter à la gorge, à voler, à cogner. Pour
satisfaire votre envie de sucre.... Si ce n’est pas de l’addiction, ça ?
Cette même insuline, lorsqu’elle est secrétée, induit une légère hypoglycémie
réactionnelle.... C’est pourquoi après avoir mangé un bonbon, vous avez
subitement une petite faim... Vite eteinte par un autre bonbon... Qui provoque
une sécrétion d’insuline, qui induit une hypoglycémie, qui induit une petite
faim et qui vous pousse à manger encore un bonbon. Etc, etc. Jusqu’à la fin de
la boite de bonbon. Et là, on se dit : mais je n’avais pourtant pas faim !
Suis-je pour autant accro au sucre ? Non. Pas vraiment. Mais votre corps ne
peut pas s’adapter à ces doses trop importantes de sucre...
Enfin, les raisons microscopiques de notre servilité au sucre : les effets
secondaires ! Lorsque vous consommez une certaine quantité de sucre, celui-ci,
en passant dans le sang, induit au niveau du cerveau une sécrétion d’hormone
proche des opiacées. Cette endorphine est bénéfique pour le moral, pour le
niveau de bien être du corps... On se sent mieux. C’est d’ailleurs pourquoi
certains d’entre nous sommes si accros au sucre : il nous dope, nous came, nous
fait voir la vie en rose. C’est pourquoi nous prescrivons des régimes
hyperglucidiques aux personnes déprimées. Et c’est pourquoi les gens sans sucre
ajouté sont si aigres !
Question ultime : les industriels sont-ils au fait de ces données et en jouent
ils ?
Oui sûrement.